Miriam Gablier

L'histoire de l'hypothèse de la "survie" de la fin du XIXe siècle à aujourd'hui. De l'ésotérisme à la science, quels ont été les différents scénarios proposés autour de l'éventuelle survie de quelque chose au delà de la mort ? 

Histoire de la "survie" de la fin du XIXe siècle à aujourd'hui.

De l'ésotérisme à la science, quels ont été les principaux scénarios ?

Auteure-journaliste, Miriam Gablier est doctorante en histoire à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (LEM, Pr Jean-Pierre Brach), en co-direction avec l'Université de Lorraine (Lab. Interpsy, Renaud Evrard) et membre du comité directeur de l’Institut Métapsychique International. Titulaire d'un Master de philosophie (Université de Rouen, Pr Natalie Depraz), de diplômes de thérapie psycho-corporelle (Ecole de Psychologie Biodynamique, 5 ans) et d’homéopathie (London College of Classical Homeopathy, 4 ans), elle est l’auteure de nombreux articles de presse et d’ouvrages portant sur l'examen de l'articulation corps/conscience. Sa recherche doctorale actuelle porte sur le traitement de l'hypothèse de la survie de l'âme, de la fin du XIXe siècle à aujourd'hui.

 

L’hypothèse de la survie de l’« âme » dans un « au-delà » passionne l’Europe de la deuxième moitié du XIXe siècle. De nombreux auteurs se réclamant de mouvances spirites, théosophiques, occultistes ou des sciences psychiques ou métapsychiques discutent chacun à leur manière, de l’éventualité de la survie d’une âme ou d’une portion de psychisme, des modalités de son potentielle existence posthume et parfois, de son éventuelle réincarnation biologique. Il s’agit de toute évidence de savoir ce que serait la nature, la fonction et la finalité de cette âme ou portion de psychisme, majoritairement perçue comme préservant une forme d’individualité dans l’au-delà et comme pouvant continuer à évoluer, parfois par le biais d’un retour dans un nouveau corps physique. Les réflexions et les débats menés autour de ces questions eurent une influence importante, mais peu reconnue, sur les modèles rationnels de l’appareil psychique humain. En effet, la fin du XIXe siècle est également marquée par la naissance de la psychiatrie, de la psychologie et de la psychanalyse. Or, si lors de leur édification académique, ces champs de recherche s’opposent à l’hypothèse de la survie, ils empruntent un nombre important de concepts et de visées aux recherches sur le sujet. La notion même de « psycho-logie », science de l’âme est par exemple, tout d’abord comprise dans une acception loin de l’orthodoxie actuelle.

 

Ainsi au tournant du XXe siècle, les discussions autour d’une éventuelle survie furent le théâtre de profondes dissensions et de mutations conceptuelles majeures qui marquèrent, parfois de manière dissimulée, la frontièrisation du champ psychique émergeant. Et l’hypothèse de la survie n’en sorti pas indemne. Ce chassé-croisé entre approches spiritualistes et approches naturalistes, fit que cette question, initialement théologique, passa d’un traitement ésotérique à un traitement scientifique. Un rationalisme positiviste et matérialiste étant de mise, il fallait tordre le cou à cette éventualité spiritualiste, qu’elle soit dualiste ou idéaliste. Les courants ésotériques, qui s’essayèrent pourtant eux-aussi au positivisme, finirent pas décliner. Le traitement de l’hypothèse de la survie connu dès lors une transformation radicale. Pas réellement anéantie, elle fut tout du moins, foncièrement marginalisée.

 

De fait, au XXe siècle, la psychiatrie, la psychologie, la psychanalyse, puis les sciences cognitives exclurent l’éventuelle survie d’une portion de psychisme. Il faut également noter que la métapsychique, devenue parapsychologie, s’est aussi appliqué à l’évacuer. En effet, bien que la parapsychologie inclut dans ses objets d’études la médiumnité, l’apparition de fantômes ou autres phénomènes qui sont populairement compris comme étant liés à l’hypothèse de la survie, elle ouvre en réalité, un nouvel horizon conceptuel permettant d’éviter cette hypothèse. Les modèles parapsychologiques mettent en avant l’existence d’une capacité « psi » (télépathie, voyance, précognition, psychokinèse etc.) qui serait un potentiel psychique humain encore mal compris. Ils mettent parfois en avant l’existence d’un champ informationnel, appelé « super psi », auquel tout un chacun serait potentiellement connecté. Néanmoins, ces modèles excluent la possibilité d’une survivance d’une portion de psychisme au-delà de la mort. Les capacités psi et le super psi suffiraient à expliquer les phénomènes habituellement liés à l’hypothèse de la survie.

 

Or, à partir des années 1960, certains parapsychologues approfondissent l’étude des phénomènes habituellement liés à l’hypothèse de la survie. Les examens minutieux de leur phénoménologie, les résultats de protocoles scientifiques en triple ou quintuple aveugle, publiés dans les plus importantes revues à comité de lecture, semblent indiquer que ces phénomènes possèdent des signatures particulières qui différent de celles des capacités psi. Les recherches sur les potentielles communications avec l’au-delà, les apparitions, les souvenirs de vies « antérieure », auxquelles viennent s’ajouter - du fait de l’amélioration médicale en réanimation – un grand nombre d’études sur les expériences de mort imminentes et sur les phénomènes survenant aux abords de la mort, remettent la question de l’hypothèse de la survie au centre de certains débats scientifiques.

 

Le parapsychologue Stephen Braude, auteur de Immortal Remains: The Evidence for Life after Death (Rowman & Littlefield Publishers, 2003) conclut, après avoir longuement étudié la question, que nous sommes dans une situation d’« indécidabilité scientifique » : les évidences empiriques ne permettraient de trancher la question ni dans le sens d’une réalité ontologique de la survie, ni dans le sens de celle de capacités psi. Et si certains psychologues, médecins ou scientifiques, indiquent que notre science contemporaine doit évoluer afin de pouvoir mieux traiter ces données empiriques, d’autres acteurs, philosophes ou enseignants spirituels, soulignent que la science, quel que soit son degré d’évolution, pourrait ne jamais être légitime dans le traitement de cette question, dont la complexité relèverait foncièrement d’un examen philosophique.

Organisation : Approches Transpersonnelles asbl - Direction : Martine Struzik et Evelyne Josse - Résilience Psy